Axe 2. Science ouverte et capacités scientifiques : ouvrir les connaissances, élargir les capacités scientifiques

Description

Cet axe interroge les conditions dans lesquelles la science ouverte peut contribuer à réduire les asymétries qui structurent la production, la circulation et la valorisation des connaissances entre les Nords et les Suds. Il ne s’agit pas de considérer l’ouverture des publications, des données, des codes ou des ressources pédagogiques comme une solution en soi, mais d’analyser les ressources, les compétences, les infrastructures et les formes d’accompagnement nécessaires à leur appropriation effective.

L’approche développée par CREONS a vocation à articuler plusieurs niveaux d’analyse. À l’échelle micro, elle étudie les connaissances, les usages et les contraintes rencontrées par les personnes engagées dans la recherche. À l’échelle méso, elle s’intéressera au rôle des laboratoires, des écoles doctorales, des universités et des services d’appui dans la diffusion et l’institutionnalisation des pratiques de science ouverte. À l’échelle macro, elle pourra interroger les politiques nationales de recherche, les infrastructures scientifiques, les dispositifs de financement et les formes de dépendance qui conditionnent la capacité des systèmes scientifiques à s’inscrire dans les dynamiques d’ouverture.

Les premiers travaux prennent principalement appui sur une approche micro. L’enquête portée par le Groupe de travail sur les disparités et inégalités doctorales (GTDID) permet d’analyser les usages et les conditions d’appropriation de la science ouverte au cours du doctorat. En parallèle, le PSF CREONS constitue un espace d’expérimentation et de formation visant à développer des pratiques de recherche ouvertes, collaboratives et reproductibles dans différents contextes institutionnels.

Deux premières approches

Les deux premières démarches présentées ci-dessous associent ainsi un dispositif d’enquête sur les conditions d’appropriation de la science ouverte et un programme de formation destiné à expérimenter des formes d’accompagnement adaptées aux environnements scientifiques des différentes antennes de l’UMI SOURCE.

Question de recherche

La science ouverte peut faciliter l’accès aux publications, aux données, aux codes, aux ressources pédagogiques et aux infrastructures de diffusion scientifique. Toutefois, la possibilité d’en tirer effectivement parti dépend de conditions matérielles, techniques, institutionnelles et sociales qui demeurent inégalement réparties.

L’enquête cherche ainsi à répondre à une question centrale : dans quelles conditions les doctorant.e.s peuvent-ils et elles s’approprier les outils et les pratiques de la science ouverte ?

L’objectif n’est pas seulement de mesurer la connaissance ou l’utilisation de certains outils, mais d’analyser les ressources nécessaires à leur appropriation, les obstacles rencontrés et les effets que ces pratiques peuvent produire sur les conditions de réalisation du doctorat.

Dimensions étudiées

L’enquête documente notamment :

  1. la connaissance des principes et des dispositifs de la science ouverte ;
  2. l’accès aux publications, aux données et aux ressources documentaires ;
  3. les pratiques de gestion, de documentation, de partage et de dépôt des données ;
  4. l’utilisation d’outils collaboratifs, bibliographiques et reproductibles ;
  5. la connaissance et l’utilisation des archives ouvertes et des entrepôts de données ;
  6. les formations reçues et les besoins d’accompagnement exprimés ;
  7. l’accès aux équipements, aux logiciels et à une connexion internet suffisamment stable.

Des usages aux conditions d’appropriation

L’analyse distingue l’accès formel aux outils de leur appropriation effective. La disponibilité d’une plateforme, d’un logiciel ou d’une ressource en ligne ne garantit pas nécessairement son utilisation. Celle-ci peut être limitée par le coût des équipements et de la connexion, le manque de formation, l’absence d’accompagnement, les contraintes linguistiques, la méconnaissance des dispositifs ou leur faible intégration dans les pratiques institutionnelles.

L’enquête permet ainsi d’étudier plusieurs niveaux complémentaires d’appropriation :

  • l’accès matériel, qui renvoie aux équipements, aux logiciels, à la connexion et aux infrastructures ;
  • l’appropriation cognitive, qui suppose de connaître les outils, leurs fonctions et leurs principes ;
  • l’appropriation pratique, qui correspond à leur intégration dans les activités ordinaires de recherche ;
  • l’appropriation institutionnelle, qui dépend de leur reconnaissance et de leur accompagnement par les écoles doctorales, les laboratoires et les universités.

Une perspective comparative

Une première phase de l’enquête a été réalisée auprès de doctorant.e.s en sciences sociales et environnementales de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Elle a permis de constituer le premier volet du jeu de données DWISE - Doctoral Work and Inequalities in Scientific Ecosystems (Faye et al. 2026).

Une deuxième phase est menée à l’Université d’Antananarivo. La comparaison entre les deux terrains permettra d’identifier les contraintes communes, mais également les différences liées aux environnements universitaires, aux infrastructures disponibles et aux formes locales d’organisation de la recherche.

La science ouverte face aux asymétries scientifiques

Cette recherche permet d’examiner de manière empirique une tension centrale de CREONS. La science ouverte peut réduire certaines barrières en facilitant l’accès aux connaissances, la diffusion des travaux et la réutilisation des ressources scientifiques. Mais tenant compte de ces disparités en ressources, elle pourrait également reproduire ou accentuer les inégalités lorsque son adoption suppose des équipements, des compétences et des infrastructures dont tous les doctorant.e.s ne disposent pas.

L’enjeu est donc de déterminer non seulement si les outils de la science ouverte sont utilisés, mais par qui, dans quelles conditions et avec quels effets sur les capacités de recherche.

📰 Contacts et liens

Mail du COPIL PSF :

Rubriques du site web de l’UMI SOURCE :

Le PSF CREONS vise à structurer un réseau coopératif et interinstitutionnel de formation pour accompagner l’évolution des outils et des méthodes en sciences sociales et environnementales dans les Suds, notamment face aux enjeux liés à la science ouverte et à l’intelligence artificielle.

Dans un contexte marqué par de profondes inégalités de recherche, le projet développe un modèle de coopérative de recherche équitable et ouverte entre les Nords et les Suds. Il encourage l’adoption de pratiques collaboratives, inclusives et reproductibles, appuyées sur des outils de communication, de partage et de gestion du travail scientifique. À travers le protocole T2VA - Travail, Valorisation, Vérification et Accompagnement -, le PSF CREONS propose des formations adaptables et mutualisées, fondées sur une démarche de formation de formateurs.

Le projet associe l’apprentissage des outils de la science ouverte à une réflexion critique sur leur capacité à réduire les inégalités de recherche. Il intègre également, de manière complémentaire, une sensibilisation aux usages et aux enjeux éthiques de l’intelligence artificielle. L’objectif est de renforcer l’autonomie des personnes formées et la capacité des institutions partenaires à actualiser, diffuser et pérenniser ces pratiques.

Contexte et enjeux

Par-delà les inégalités de recherche…

Fondée en 2022, l’UMI SOURCE réunit des antennes en Côte d’Ivoire, en France, à Madagascar et au Sénégal. La diversité de ces contextes a nourri une réflexion collective sur les conditions de la coopération scientifique entre les Nords et les Suds, notamment sur la répartition des ressources, les conditions de travail et la participation aux collaborations. Cette réflexion, documentée dans un premier rapport (Mathieu et al., 2023), a également mis en évidence des disparités dans les parcours doctoraux, contribuant à la création du Groupe de travail sur les disparités et inégalités doctorales et au développement de recherches sur les inégalités scientifiques (Mathieu et al., 2025).

… Et au-devant de la science ouverte

Ces constats ont conduit l’UMI SOURCE à interroger les pratiques susceptibles de soutenir des collaborations plus équitables. Dans ce contexte, la science ouverte constitue à la fois un ensemble de pratiques à développer et un objet de réflexion. L’ouverture des données, des publications, des codes et des ressources pédagogiques peut favoriser leur circulation, leur vérification et leur réutilisation. Elle suppose néanmoins des compétences, des infrastructures et des conditions institutionnelles qui demeurent inégalement réparties.

Les expériences de formation et d’accompagnement conduites au sein de l’UMI SOURCE ont permis d’explorer concrètement ces enjeux. Elles ont porté sur la gestion et le dépôt des données, la publication de data papers et la diffusion de ressources pédagogiques consacrées aux principaux outils de la science ouverte. Ces premières expérimentations ont également montré la nécessité de dépasser une approche strictement technique afin d’interroger les conditions d’appropriation, de transmission et de pérennisation de ces pratiques.

La science ouverte : un possible rempart aux inégalités dans la recherche scientifique ?

Le projet CREONS se situe à l’articulation de deux questionnements : celui des inégalités structurelles qui traversent la production scientifique entre les Nords et les Suds, et celui des effets de la science ouverte sur ces inégalités. L’enjeu est donc de développer une approche réflexive de la science ouverte, attentive à ses avantages comme à ses potentielles limites. Le projet encourage pour cela des pratiques collaboratives et reproductibles, appuyées sur des outils de communication, de gestion des tâches, de partage bibliographique et de collaboration sur les données et les codes.

En veillant à la justice épistémique (chaque scientifique a une voix égale), la justice matérielle (chacun doit pouvoir utiliser les outils) et la justice épistémologique (accès égal aux ressources intellectuelles) ; le PSF CREONS vise moins à promouvoir la science ouverte comme une solution en soi qu’à expérimenter les conditions dans lesquelles elle peut soutenir des pratiques de recherche plus collaboratives, reproductibles et équitables entre les Nords et les Suds.

Protocole T2VA

Le tableau ci-dessous récapitule le type de formation et les compétences correspondantes. Il suit le protocole baptisé ‘T2VA’ (science ouverte comme outils de Travail, de Valorisation, de Vérification, et les outils d’Accompagnements en vue de la science ouverte) offrant 4 modules pour nous permettre d’aller vers une véritable ‘Coopérative de Recherche Équitable et Ouverte Nords-Suds’.

Tableau - Protocole UMI SOURCE “T2VA”

Type de formation Objectifs
1. Outils de « travail » de la science ouverte Organiser, partager et documenter les productions de recherche à l’aide d’outils comme GitHub et Zotero, dans une logique collaborative et reproductible.
2. Outils de « valorisation » de la science ouverte Gérer, déposer et valoriser les données et les productions scientifiques, notamment à travers les PGD, DataSuds et HAL.
3. Outils de « vérification » et de reproductibilité Développer des démarches de recherche transparentes, documentées et reproductibles, notamment à travers les revues systématiques et la réplication.
4. Outils d’« accompagnement » par l’intelligence artificielle Utiliser les outils d’intelligence artificielle de manière critique et responsable pour accompagner les activités de recherche.

Modalités de financements & COPIL

Le projet a obtenu le financement par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) de 30k€ sur trois années (2024-2027).

Le Comité de pilotage est composé (par ordre alphabétique) de Florent Bédécarrats, Guillaume Dezecache, Ibrahim Diarra, Lacina Diarra, Éphigénie Mackane Madioune, Manato, Alexandre Mathieu et Loïc Pian.

Formation de formateur.rice.s

Du 26 mai au 5 juin 2026, l’UMI SOURCE a organisé à l’UVSQ une formation intensive de dix jours dans le cadre du PSF CREONS. Le programme reposait sur une démarche de formation de formateur.rice.s, afin de diffuser localement des pratiques de recherche ouvertes, reproductibles, équitables et responsables.

Suivant le protocole T2VA, les participant.e.s ont été formé.e.s à la gestion FAIR des données, aux plans de gestion des données, aux revues systématiques, à la reproductibilité, au dépôt des productions dans HAL et DataSuds, à la collaboration avec GitHub, ainsi qu’à l’usage responsable de l’intelligence artificielle.

Plusieurs sessions plénières ont également été ouvertes à un public élargi, en présentiel et à distance :

  • Mercredi 27 mai - La science ouverte : quoi ? pourquoi ? comment ?
    Intervenant·es : Jean-Christophe Desconnets (IRD), Moussa Samba (UCAD), Dominique Couret (UMI SOURCE–IRD), Diamondra Ramiandrisoa (UMI SOURCE, Madagascar), Alexandre Mathieu (UMI SOURCE, France), Marceau Salvadori (BU UVSQ), Michel De Moura (BU UVSQ).

  • Jeudi 28 mai - Panorama de l’édition scientifique et stratégies de publication
    Intervenant·es : Arthur Guezengar (UVSQ) et Émilie Brunet (IRD).

  • Vendredi 29 mai - Enjeux et méthodes de la reproductibilité scientifique
    Intervenants : Lino Galiana (INSEE) et Romain Espinosa (CNRS).

  • Lundi 1er juin - Conduire une revue de littérature systématique et reproductible
    Intervenant·es : Alexandre Mathieu (UMI SOURCE, France), Guillaume Dezecache (IRD) et Laurence Goury (IRD).

  • Mardi 2 juin - Journée d’étude “Construire une recherche partenariale Nords-Suds équitable : défis, tensions et opportunités”
    Intervenant·es : Programme 02 juin.

  • Mercredi 3 juin - Diffuser sa recherche en science ouverte
    Intervenant·es : Caroline Doucouré (IRD), Émilie Brunet (IRD), Djamila Merabet (IRD).

  • Jeudi 4 juin - Évolutions et usages de l’IA dans la recherche : quels enjeux dans les Suds ?
    Intervenant : Serge Pajak (Université Paris-Saclay).

  • Vendredi 5 juin - Apprendre à apprendre
    Intervenant : Jean-François Parmentier (IPSA Toulouse).

References

Faye, Daouda Baldé, Éphigénie Mackane Madioune, Mouhamadou Mansour Nguirane, Ravaka Ambinintsoa Randrianandrasana, Alexandre Mathieu, Loïc Pian, Yanis Rihi, and Soraya Santini. 2026. “DWISE - Doctoral Work and Inequalities in Scientific Ecosystems.” DataSuds. https://doi.org/10.23708/ZRDYJU.